Pourquoi la parole des femmes est encore si difficile à entendre
Pourquoi la parole des femmes peine-t-elle encore à être entendue ?
Dans de nombreuses affaires médiatisées, comme celles de Patrick Bruel ou Lyhanna, il a fallu des mois, voire des années, avant que la parole des victimes ne soit prise en compte. Pourquoi cette difficulté à entendre et à faire croire aux femmes ?
Une histoire marquée par un a priori négatif
Gisèle Szczyglak, docteure en philosophie politique, explique que la parole des femmes n’a jamais été valorisée dans l’histoire. Elle est depuis toujours victime d’un préjugé négatif. Quand une femme s’exprime, on la soupçonne souvent d’être menteuse ou hystérique. Le système punit celles qui parlent car elles remettent en cause une domination masculine. Il revient alors à la femme de prouver son innocence.
Elle cite l’affaire PPDA : 40 témoignages, 13 plaintes, mais aucune garde à vue. À l’inverse, dans l’affaire d’Andréa Bescond, une manifestation pacifique a conduit à une garde à vue. Cela montre une asymétrie systémique dans le traitement de la parole selon le genre. Selon elle, il manque la troisième principe fondateur de la démocratie athénienne, l’Isegoria, qui garantit l’égalité de parole et d’écoute. Elle souligne que cette égalité d’écoute n’existe pas aujourd’hui.
Une construction culturelle et historique de méfiance
Les hommes ont longtemps monopolisé le pouvoir du discours, de la connaissance, et du symbolique. Dès l’Antiquité, ils ont discrédité la parole des femmes pour préserver leur domination. Des figures comme Kant ou Nietzsche ont contribué à cette méfiance, en doutant de la capacité morale ou éthique des femmes. Napoléon, dans le Code civil, excluait les femmes du droit. Schopenhauer les considérait comme des intermédiaires faibles entre l’enfant et l’homme.
Les penseurs historiques ont ainsi alimenté un dédain envers la parole féminine. La construction de la société s’est faite en reléguant la femme à la sphère privée, domestique, et en la disqualifiant sur le plan métaphysique, comme dans la religion. La figure d’Eve, responsable de la chute, symbolise cette disqualification. La psychanalyse, qui prétend libérer la parole, a elle aussi nourri cette méfiance, Freud parlant du féminin comme d’un « continent noir » et associant l’hystérie à l’utérus.
Une exclusion qui perdure et une remise en question
Les femmes ont été peu entendues jusqu’à la période des Lumières, mais leur parole a commencé à prendre une dimension universelle à partir de ce moment-là. Pourtant, cela reste un combat long et difficile. Il est nécessaire de revoir toute une culture pour faire évoluer cette perception.
Actuellement, une colère longtemps contenue monte, accompagnée d’une fatigue démocratique. La honte semble changer de camp. La parole des femmes gagne en poids, non parce qu’elle se libère d’elle-même, mais parce qu’elles se réapproprient leur corps. Affirmer son droit de dire non, de ne pas être à disposition, c’est une façon de revendiquer sa liberté. La sexualité devient ainsi un symbole de pouvoir et d’indépendance.



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