79 ans jugée 31 ans après le meurtre mystérieux de sa belle-sœur

Une septuagénaire comparaît devant la justice, 31 ans après la découverte du corps

Marie-Thérèse Garcia, âgée de 79 ans, est jugée depuis le mardi 16 juin devant la cour d’appel de Versailles. Pendant trois semaines, elle doit répondre du meurtre de son ex-belle-sœur, Corinne Di Dio, dont le corps a été retrouvé démembré et décapité dans une malle métallique en juin 1995. Son co-accusé, l’ex-compagnon de la victime, est introuvable à ce jour.

Un procès marqué par la controverse

Selon certains, Marie-Thérèse Garcia aurait un caractère autoritaire, capable du pire. Elle reconnaît avoir du tempérament, mais nie toute implication dans un acte criminel. Depuis son incarcération en 2023, elle clame son innocence. Elle affirme que l’accusation repose sur des preuves faibles et déclare ne pas comprendre pourquoi elle est en détention depuis si longtemps. Elle dénonce également ses conditions d’incarcération, soulignant qu’à 79 ans, elle est la femme la plus âgée de France en prison, et que ses demandes de remise en liberté ont été systématiquement rejetées.

Elle insiste sur le fait que l’isolement et la promiscuité en prison mettent en danger sa santé fragile, notamment en raison de ses nombreuses pathologies. Selon elle, l’enfermement prolongé sans jugement constitue une anomalie démocratique.

Les accusations et le contexte judiciaire

Durant ce procès, Marie-Thérèse Garcia doit répondre des accusations de « meurtre », d’« enlèvement » et de « séquestration » concernant Corinne Di Dio. Son ex-compagnon, Antonio Marquez-Gomez, également accusé, est toujours introuvable, malgré un mandat d’arrêt international. Il n’est pas prévu qu’il assiste à l’audience.

Les faits remontant à 1995

Le 28 juin 1995, un pêcheur découvre une malle métallique flottant sur la Seine, près de La Roquette, dans l’Eure. La malle est fermée par un cadenas. En l’examinant, les autorités voient un bras nu à travers un trou. À l’intérieur, ils découvrent le corps démembré d’une femme, dont la tête et les mains sont absentes.

Le corps restera sans identité pendant près de deux ans. En 1997, l’enquête révèle qu’il s’agit de Corinne Di Dio, une femme de 37 ans portée disparue depuis peu. Elle travaillait comme commerciale dans les Yvelines et s’était volatilisée neuf jours avant la découverte de son corps. Elle avait quitté son travail le 19 juin 1995, en évoquant un rendez-vous étrange, sans en dire davantage. Son compagnon de l’époque signale sa disparition à la police.

Les premières pistes d’enquête

Les enquêteurs examinent plusieurs hypothèses : une disparition volontaire, un suicide ou un enlèvement lié au milieu du grand banditisme. Ils s’intéressent également à Marie-Thérèse Garcia, qui garde régulièrement le fils de Corinne Di Dio, Romain, alors âgé de 10 ans.

Interrogée, elle explique que Corinne Di Dio pourrait avoir fui ou même se serait donnée la mort, en raison de ses difficultés personnelles, notamment liées à un divorce récent. Son ex-compagnon, Antonio Marquez-Gomez, est aussi entendu. Il explique qu’il avait commencé une relation avec Corinne en 1981, mais qu’ils s’étaient éloignés depuis. Il évoque également la possibilité qu’elle ait voulu partir en Colombie, mais qu’il l’en aurait dissuadée.

Après plusieurs années d’investigation, un premier non-lieu est prononcé en 2000.

Réouverture de l’affaire en 2004

En 2004, l’affaire est relancée lorsqu’une femme, Nancy H., affirme avoir entendu sa mère, Marie-Thérèse Garcia, planifier le meurtre de Corinne Di Dio. Selon elle, sa mère aurait voulu que cette dernière se rende chez elle le jour de sa disparition, puis aurait été tuée dans son salon avant d’être découpée et transportée dans un garage.

Son frère, Francisco Marquez-Gomez, confie également avoir appris que Marie-Thérèse Garcia aurait voulu se venger de Corinne, notamment à cause d’une relation sexuelle qu’elle aurait eue avec lui. Ces déclarations relancent l’enquête, qui mène à la mise en garde à vue de Marie-Thérèse Garcia.

Une nouvelle piste et des doutes

Marie-Thérèse Garcia nie toute implication. Elle affirme que ses accusations sont une vengeance de sa fille, avec qui elle aurait des relations conflictuelles. La maison de la septuagénaire est perquisitionnée et des traces de sang sont détectées, mais les analyses n’aboutissent pas à des preuves concluantes. En 2008, un nouveau non-lieu est prononcé.

Les événements récents et l’affaire relancée en 2023

En 2023, l’affaire revient sur le devant de la scène, liée à une autre disparition dans les Deux-Sèvres. En novembre 2022, Kévin Trompat et Leslie Hoorelbeke disparaissent mystérieusement. Marie-Thérèse Garcia, grande-tante de Leslie, est placée sur écoute. Lors d’un appel, elle évoque « emmener » des personnes « en morceaux, dans une valise », ce qui relance la suspicion.

Elle est rapidement arrêtée et placée en détention provisoire. Son avocate souligne que la souffrance de sa cliente est liée à son âge et à ses problèmes de santé, notamment après plusieurs AVC. Elle reste convaincue de l’innocence de Marie-Thérèse Garcia.

Les preuves et les éléments de l’enquête

Parmi les éléments retenus, une analyse ADN mitochondrial dans la malle de 1995 révèle la présence de deux cheveux pouvant appartenir à Marie-Thérèse Garcia ou à une autre femme de sa famille. Cependant, cette preuve est contestée, car la couleur des cheveux de l’époque ne correspond pas à celle de la suspecte.

Les avocats de la défense dénoncent une enquête biaisée, évoquant une recherche de la « coupable idéale » et soulignant que le caractère de la suspecte ne fait pas d’elle une meurtrière.

Une piste alternative et des conflits anciens

La défense avance une autre hypothèse : celle d’une implication de Jean-Jacques Maurice, un braqueur notoire, avec qui Corinne Di Dio aurait eu une relation avant de le dénoncer. Selon eux, la violence du meurtre pourrait évoquer une méthode du crime organisé. La justice, pour leur part, considère que l’enquête a été à charge et que Marie-Thérèse Garcia ne présente pas de profil de tueuse.

« L’impression que ça donne, c’est qu’ils ont voulu trouver la coupable idéale. Mais avoir un fort caractère ne fait pas de vous une tueuse. »

Depuis 2023, toutes les demandes de remise en liberté de Marie-Thérèse Garcia ont été rejetées. Elle souffre de nombreux maux, notamment après plusieurs AVC et une maladie qui provoque des vertiges. Son procès, prévu pour s’étaler sur trois semaines, a été rallongé. Le verdict est attendu pour le 3 juillet.

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