L’IA bientôt dans nos caméras de surveillance : une révolution en marche
Un projet de loi pour expérimenter l’IA dans la vidéosurveillance
Le projet de loi « Ripost », présenté par le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez, prévoit d’expérimenter l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) dans les caméras de vidéosurveillance. Ce vote aura lieu ce mardi au Sénat.
Une première expérimentation a déjà été réalisée lors des Jeux olympiques de Paris en 2024. Le gouvernement souhaite renouveler cette initiative et tirer parti des progrès de l’IA pour renforcer l’efficacité de la surveillance.
Une technologie déjà testée lors des Jeux Olympiques
Lors des Jeux de 2024, l’objectif était de prévenir tout mouvement de foule ou risque d’attentat. La vidéosurveillance algorithmique pourrait désormais s’étendre à d’autres événements, comme des concerts, des matchs, ou dans des lieux ouverts au public tels que les centres commerciaux ou les transports en commun. Selon le commandant Vincent, responsable du centre de coordination opérationnelle de sécurité à la préfecture de police de Paris, cette technologie pourrait permettre d’anticiper des situations potentiellement dangereuses.
Il explique qu’en cas de menace, par exemple une personne brandissant une arme sur un quai de gare, l’IA pourrait détecter l’arme ou un comportement suspect. Elle pourrait aussi repérer une foule qui commence à se former, ce qui pourrait prévenir un incident avant qu’il ne se produise, sans attendre un appel d’urgence classique.
Une aide aux policiers, mais pas leur remplacement
Les autorités assurent que cette technologie n’a pas pour but de remplacer les policiers. Elle doit simplement leur fournir un outil supplémentaire. À Paris, par exemple, il y a environ 30 000 caméras à surveiller entre la capitale, les villes voisines et les transports. Il serait impossible pour les agents de tout suivre en permanence, rappelle Anne-Florence Canton, ancienne directrice de l’innovation à la préfecture de police, qui a supervisé l’expérimentation lors des Jeux.
Selon elle, lorsque l’IA détecte une situation suspecte, elle alerte simplement l’opérateur. Ce dernier peut alors prendre le contrôle de la caméra pour vérifier l’événement, le différencier d’un faux positif ou confirmer une menace.
Les risques de discrimination et de dérives
Cependant, plusieurs associations expriment leurs inquiétudes. Elles craignent que cette surveillance algorithmique puisse conduire à des discriminations. Le gouvernement promet qu’il n’y aura pas de reconnaissance faciale automatique ou de rapprochement direct avec des fichiers de personnes recherchées. Pourtant, Noémie Levain, juriste pour La Quadrature du Net, met en garde.
Elle souligne que la vidéosurveillance algorithmique pourrait se baser sur la reconnaissance de comportements ou de silhouettes selon des critères définis par l’État. Si, par exemple, faire plusieurs fois le tour d’un quartier est considéré comme suspect, cela pourrait mener à des alertes injustifiées. Elle avertit que ces critères pourraient discriminer certains groupes ou individus, en fonction de leur apparence ou de leur démarche.
Une mise en place progressive et future
Ce n’est pas seulement le projet actuel qui inquiète. La juriste évoque une stratégie à long terme, où chaque étape d’expérimentation permet d’étendre progressivement l’usage de ces technologies. Elle cite notamment une volonté d’expérimenter la reconnaissance faciale, évoquée par des responsables politiques comme Gérald Darmanin ou Bruno Retailleau.
Le gouvernement prévoit que cette expérimentation puisse durer jusqu’à la fin de 2030. Elle doit être prête à l’occasion des Jeux olympiques d’hiver dans les Alpes françaises.



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