Citoyens en action : ces plateformes qui révolutionnent la justice

Une initiative citoyenne face aux défaillances de la justice

Alors que l’enquête sur l’affaire Lyhanna doit rendre ses conclusions ce lundi 22 juin, plusieurs initiatives citoyennes ont vu le jour en réponse aux insuffisances de l’État. Parmi elles, des sites internet pour recenser des plaintes ignorées ou des plateformes permettant de mettre en relation des victimes de violences sexuelles. Ces outils, comme « Co-Abuse » et « Classés sans suite », cherchent à pallier ce que certains professionnels qualifient de « justice morte ».

Des témoignages et des plaintes ignorées

Depuis l’ouverture du site « Classés sans suite », plus de 6 480 témoignages ont été publiés, et 2 723 plaintes restent sans suite. RMC a constaté que d’autres plateformes similaires existent également pour combler ces manquements. Mais pourquoi ces sites rencontrent-ils un tel succès ?

Le témoignage de Sylvie

Sylvie, 53 ans, raconte avoir été agressée sexuellement à 17 ans par son professeur de danse à Nice. Elle explique : « Je me suis blessée lors d’un cours et il m’a fait venir dans son bureau, sous prétexte de me soigner. Il a commencé à me faire un massage et il m’a agressée. Ça a été la sidération, puis j’ai oublié. »

Des années plus tard, à 51 ans, elle décide de tenter d’agir. Mais l’affaire est prescrite, elle n’a aucune preuve, et elle connaît les statistiques : 86 % des affaires de violences sexuelles sont classées sans suite. Sylvie explique avoir découvert le site CoAbuse.fr et affirme : « Je sais que je n’ai aucune chance si je suis toute seule. » Elle ajoute : « Toutes ces années, je me suis dit que je ne pouvais pas être la seule. Et un jour, je tombe sur le site CoAbuse. »

CoAbuse.fr : comment ça fonctionne ?

CoAbuse.fr est un site internet permettant de dénoncer un agresseur. Lorsqu’une victime envoie un message, le site cherche à faire correspondre cette dénonciation avec d’autres témoignages. Deux jours après l’envoi, Sylvie reçoit une réponse : le nom de l’agresseur qu’elle a dénoncé correspond à celui d’une autre victime également inscrite sur la plateforme.

Elle raconte : « Elle, ça faisait quatre ans et quatre mois qu’elle m’attendait, qu’elle avait rempli une fiche en citant le même homme. C’est un tel soulagement pour l’une et l’autre de s’être trouvées. » L’année dernière, cinq victimes ont porté plainte ensemble. Deux de ces plaintes ne sont pas prescrites, et l’agresseur a été mis en examen. Il est en détention provisoire depuis un mois.

Qui se cache derrière cette plateforme ?

Ce site a été créé il y a dix ans par un particulier, Franck Favre, bénévole dans un village du Rhône. Il s’est lancé dans cette démarche pour aider les victimes, notamment après l’affaire du père Bernard Preynat, qui a fait des milliers de victimes parmi des scouts.

Le site est légal car il repose sur une correspondance privée. Les victimes écrivent à Franck Favre, qui, s’il a déjà reçu un message du même agresseur, leur propose de prendre contact avec l’autre victime. Il parle de cette opération comme un « match ».

Grâce à cette initiative, plus de 535 personnes ont été mises en relation, ce qui a permis d’arrestations de pédocriminels et de violeurs. Franck Favre affirme : « Chaque match est une victoire, car c’est très bénéfique pour les victimes. Certaines personnes m’ont dit que cela avait changé leur vie pour toujours. »

Une alternative à la justice traditionnelle ?

Une question se pose : ces initiatives ne devraient-elles pas revenir aux enquêteurs ? Un haut magistrat a indiqué à RMC que cette plateforme était une très bonne idée. Maître Jean Sannier, avocat de l’association Innocence en danger, déplore cependant : « La justice, elle est morte. Je ne dis pas qu’elle est en train de mourir, je dis qu’elle est morte ! »

Selon lui, le parcours des victimes est souvent difficile et dévastateur. Lorsqu’elles agissent seules, elles ont peu de chances d’aboutir, car la justice ne les écoute pas ou ne les croit pas. Il souligne que la crédibilité augmente lorsque plusieurs témoins décrivent la même personne.

Les magistrats rappellent toutefois que l’idéal reste de faire confiance à la justice dans les tribunaux. Les initiatives citoyennes complètent ces démarches, mais ne doivent pas les remplacer.

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