Surveillance indécélable : des femmes filmées à leur insu sur Internet
Des femmes filmées à leur insu et humiliées : l’association e-Enfance tire la sonnette d’alarme
Depuis le début de l’année 2026, l’association e-Enfance, qui lutte pour la protection de l’enfance sur internet, a reçu une vingtaine de signalements concernant des femmes filmées à leur insu avec des lunettes équipées de caméras. Ces vidéos sont souvent diffusées sur les réseaux sociaux, provoquant humiliation et parfois menaces de mort.
Ces lunettes ressemblent à des modèles classiques, mais elles ont la particularité de pouvoir filmer, prendre des photos et enregistrer des sons discrètement. Elles permettent de capturer des images sans que la personne filmée s’en aperçoive, contrairement à un téléphone qui doit être tenu en main. La caméra et le voyant lumineux, censés signaler l’enregistrement, restent souvent peu visibles ou difficiles à repérer.
Les dangers de ces dispositifs
Les dispositifs sont peu visibles et peuvent être utilisés pour filmer des personnes dans l’espace public sans leur consentement. Plusieurs médias, comme la BBC, ont rapporté des cas où des femmes ont été filmées à leur insu par des hommes portant des Ray-Ban Meta. Les vidéos étaient ensuite diffusées sur les réseaux sociaux. La difficulté à repérer le voyant lumineux, surtout en journée, augmente le risque de filmer sans le vouloir.
Selon e-Enfance, le scénario typique consiste à filmer discrètement une femme, à provoquer une situation embarrassante, puis à publier la vidéo pour attirer l’audience. Ces publications provoquent souvent des commentaires haineux, misogynes, ou des menaces. Même lorsque les victimes demandent la suppression des vidéos, certains éditeurs refusent de les retirer, ce qui aggrave la violence numérique.
Quel cadre légal pour filmer avec des lunettes connectées ?
La CNIL, la Commission nationale de l’informatique et des libertés, alerte sur le risque de banalisation de la surveillance mobile avec ces lunettes. Toutefois, filmer dans un espace public n’est pas toujours illégal. La législation repose principalement sur le respect de la vie privée. Selon l’article 9 du Code civil, chacun a droit au respect de sa vie privée, même dans l’espace public.
Le Code pénal punit également l’atteinte à l’intimité d’autrui lorsqu’une personne est filmée ou enregistrée sans son consentement dans un lieu privé. La CNIL précise qu’il faut différencier une capture accidentelle d’une personne en arrière-plan d’une vidéo et une personne volontairement ciblée, reconnaissable, puis diffusée. Dans tous les cas, l’utilisation des images doit respecter le droit à la vie privée, notamment en recueillant le consentement des personnes filmées.
Recommandations et enjeux
Face à ces risques, la CNIL recommande d’informer les personnes à proximité, de désactiver la captation lorsqu’elle n’est plus nécessaire, et d’éviter d’utiliser ces lunettes dans des lieux où les personnes ne s’attendent pas à être filmées. Pour e-Enfance, il est crucial d’obtenir un meilleur encadrement de ces dispositifs et de renforcer la lutte contre la diffusion abusive de vidéos, notamment sur les plateformes en ligne.



Laisser un commentaire