Meurtre de Corinne Di Dio : 30 ans de prison réclamés, l’avocate de la défense demande l’acquittement
Procès du meurtre de Corinne Di Dio : trente ans de réclusion demandés, l’avocate de la défense prône l’acquittement
À l’avant-dernier jour du procès devant la cour d’assises des Yvelines, les deux avocates générales ont formulé leurs réquisitions. Elles réclament 30 ans de réclusion criminelle à l’encontre de Marie-Thérèse Garcia et d’Antonio Marquez-Gomez, son co-accusé en fuite. La défense de la septuagénaire, quant à elle, demande aux jurés de l’acquitter, estimant que les preuves ne sont pas suffisantes pour la condamner.
« Vous avez à juger un crime particulièrement odieux, commis il y a plus de 30 ans », a déclaré l’une des avocates générales. La cour doit délibérer dans quelques heures. Le parquet général considère que Marie-Thérèse Garcia, jugée depuis trois semaines, est responsable du meurtre de Corinne Di Dio en 1995. Antonio Marquez-Gomez, son ex-compagnon et absent depuis le début du procès, est aussi visé par la même demande de peine.
Les avocates générales ont souligné que l’affaire est complexe. La première avocate a rappelé que les jurés ont été plongés durant trois semaines dans une affaire « hors du commun », marquée par la longueur du délai, la présence de plusieurs protagonistes liés au grand banditisme, une accusée en détention provisoire, et un co-accusé en fuite.
Si Romain Di Dio, le fils de la victime, cherchait des réponses sur la mort de sa mère, l’avocate générale a souligné qu’il repartira avec encore de nombreuses questions. Cependant, elle a insisté sur la responsabilité des deux accusés, si leur participation aux faits est établie par le jury.
Les éléments de l’enquête et la piste Jean-Jacques Maurice
Le 19 juin 1995, Corinne Di Dio, alors âgée de 37 ans, disparaît alors qu’elle se rend à un rendez-vous mystérieux. Son corps est retrouvé neuf jours plus tard, démembré, dans une malle flottant sur la Seine dans l’Eure. Elle n’est identifiée qu’en 1997.
Après plusieurs non-lieux, l’enquête a été relancée en 2023. Elle a conduit à la mise en examen du père de Romain Di Dio, ainsi que de Marie-Thérèse Garcia, qui était l’ex-belle-sœur de la victime et la nourrice de son fils. Depuis son incarcération, Marie-Thérèse Garcia clame son innocence.
La défense avance une autre hypothèse, celle d’une vengeance de Jean-Jacques Maurice, ancien braqueur notoire avec qui Corinne Di Dio aurait eu une relation avant de le dénoncer après un casse en 1981. Selon eux, cette piste n’a pas été suffisamment exploitée lors de l’enquête.
Les réquisitions rappellent que Jean-Jacques Maurice, qui s’était initialement accusé du meurtre, s’est rapidement rétracté. Des témoins ont confirmé qu’il leur avait dit s’être accusé à tort. De plus, l’ADN de Maurice n’a jamais correspondu aux traces retrouvées sur la malle, ce qui, selon le parquet, exclut sa responsabilité.
Des propos “troublants” et la responsabilité supposée des accusés
Les avocates générales insistent sur le fait que la seule piste crédible concerne Marie-Thérèse Garcia et Antonio Marquez-Gomez. La première aurait participé à la préparation de braquages et connaissait « les techniques policières », tandis que le second aurait un passé délinquant. Ces éléments rappellent que Corinne Di Dio, avant sa mort, avait repris contact avec son ex-petit ami, Antonio Marquez-Gomez, six mois auparavant.
Une collègue de la victime a témoigné que Corinne Di Dio avait un rendez-vous avec lui le soir de sa disparition, ce qui a été perçu comme inquiétant. La cour dispose également de preuves comme des témoins évoquant des discussions de Marie-Thérèse Garcia concernant la disparition, ainsi que des éléments génétiques retrouvés sur la malle, qui pourraient appartenir à la suspecte.
Une conversation téléphonique de Marie-Thérèse Garcia, en janvier 2023, a également été évoquée. Lors de cet échange, elle aurait tenu des propos « troublants et très violents » à propos de la recherche des coupables de la disparition de Leslie Hoorelbeke, disparue dans les Deux-Sèvres en novembre 2022. Elle aurait dit : « Il vaut mieux qu’ils chopent [les coupables] avant qu’on sache qui c’est (…) parce que moi je vais leur emmener mais en morceaux, dans une valise. » Le parquet général considère ces mots comme particulièrement inquiétants, compte tenu des circonstances.
Pour la défense, ces propos ne prouvent pas la culpabilité de Marie-Thérèse Garcia. Son avocate, Me Elisa Wimmer, a souligné que ces mots peuvent refléter son discours mais ne constituent pas une preuve d’implication. Elle a également questionné la crédibilité de cette déclaration, estimant qu’elle aurait été prononcée alors que sa cliente était sur écoute.
Les arguments de la défense et l’appel à l’acquittement
Me Jérôme Goudard a développé un argumentaire centrant sur l’absence de mobile. Il a demandé si une raison plausible pouvait expliquer que Marie-Thérèse Garcia ait commis ce crime. Il a évoqué une hypothèse, selon lui invraisemblable, selon laquelle Corinne Di Dio aurait eu une aventure avec Francisco Marquez-Gomez dans les années 1980. Selon lui, cette théorie n’est pas crédible, car aucun élément sérieux ne montre une volonté de sa part de tuer la victime.
Il a insisté sur le fait que le dossier ne prouve pas que Marie-Thérèse Garcia ait voulu tuer Corinne Di Dio. Il a évoqué la violence du crime, avec 14 coups de couteau et un corps démembré, mais a souligné qu’aucune preuve concrète ne l’atteste.
Pour conclure, l’avocat a plaidé l’acquittement de sa cliente, estimant que la justice doit répondre à la vérité. Il a affirmé : « Acquitter parce que c’est juste ».
La décision de la cour est attendue ce vendredi 3 juillet. La procureure et la défense ont laissé entrevoir des positions très opposées. La suite du verdict dépendra de la crédibilité des preuves et des arguments présentés au cours de ces trois semaines d’audience.



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