Saint-Malo : un octogénaire récidiviste cause deux morts en toute légalité
À Saint-Malo, un octogénaire est poursuivi en justice pour avoir percuté mortellement deux piétons, à quelques mois d’intervalle, au même endroit. L’affaire soulève une grande incompréhension car, après le premier accident, son permis de conduire n’a pas été suspendu. Il a ainsi pu reprendre la route en toute légalité, avant de tuer Marcel, un grand-père qui avait sauvé sa petite-fille en lui faisant obstacle.
Un conducteur récidiviste sans suspension de permis
L’octogénaire a d’abord causé la mort d’une personne en avril 2023. Malgré cela, il a continué à conduire et a percuté un deuxième homme en juillet, dans des circonstances similaires. Ce qui choque, c’est qu’il n’a pas été privé de son permis après le premier accident, ce qui lui a permis de conduire lors du second drame.
Le témoignage de la famille de la victime
RMC a rencontré la famille de Marcel, la deuxième victime. Sa petite-fille, Manon, qui accompagnait son grand-père ce jour-là, a été blessée dans l’accident. C’est la première fois qu’elle revient sur cet événement tragique.
Le récit poignant de Manon
Manon avait 13 ans lors de l’accident. En vacances chez ses grands-parents, elle accompagnait son grand-père acheter des abricots. En traversant le boulevard, elle a vu la voiture arriver. Elle raconte : “Je suis à la moitié du passage piéton quand je vois une voiture au loin. Je ne réalisais pas qu’elle ne s’arrêtait pas. C’est mon grand-père qui a pris le choc et qui m’a protégé de la voiture. Sans lui, je ne serais pas là aujourd’hui.”
Les conséquences et la douleur de la famille
Manon a été hospitalisée, tout comme son grand-père. Quatre jours plus tard, celui-ci est décédé à l’hôpital. La famille a découvert que le conducteur avait déjà tué une première personne quelques mois plus tôt, au même endroit. Manon témoigne de sa douleur : “Les jours qui ont précédé sa mort, c’était vraiment triste. On était dans le déni. Il a beaucoup souffert pendant ces quatre jours. J’ai eu beaucoup de haine et de tristesse… d’incompréhension aussi.”
“J’attends toujours des réponses à mes questions. Pourquoi cet homme a-t-il repris le volant alors qu’il avait déjà tué quelqu’un deux mois avant? Nos vies ont été bouleversées à cause de lui. J’espère qu’il ne reprendra jamais le volant pour ne pas faire d’autres victimes et pour pas détruire d’autres familles.”
Une question de responsabilité
Ce drame soulève une question centrale : comment un homme ayant mortellement percuté une personne a-t-il pu rester au volant ? Pourquoi son permis n’a-t-il pas été suspendu ?
Depuis que la policière en charge de l’enquête a révélé le passé du conducteur, la mère de Manon, Séverine, se pose cette question chaque jour. La mort de son père dans ces circonstances a provoqué une colère profonde : “Il y a un raté quelque part, on ne peut pas dire que personne n’est responsable, c’est trop facile. Il y a forcément une responsabilité quelque part. Moi, si je tue quelqu’un au volant, je ne suis pas sûre de pouvoir conduire dix jours après.”
Une responsabilité de l’État et de la justice
La famille envisage d’attaquer l’État. Selon eux, dès le premier accident, le permis de l’octogénaire aurait dû être suspendu par le préfet ou un magistrat dans le cadre d’un contrôle judiciaire. Maître May Sarah Vogelhut, qui représente la famille de Marcel, dénonce ce qu’elle appelle un “enchaînement d’yeux fermés” face à une situation qui aurait pu être évitée.
“Ni l’administration, ni la justice n’ont empêché ce monsieur. Il y a un enchaînement d’yeux fermés face à cette bombe à retardement. Quand une personne renverse et tue quelqu’un, qu’est-ce qu’il faut pour qu’on retienne son permis de conduire ?”
Son avocate ajoute : “Au moins, on suspend le permis de conduire en attendant de comprendre ce qu’il s’est passé. Ça me paraît être du bon sens.”
Le regard du conducteur
L’avocat du conducteur explique que celui-ci se pensait encore capable de conduire avant de percuter Marcel et sa petite-fille. Depuis ce drame, il aurait été diagnostiqué avec des problèmes de vue. Selon lui, il vit désormais avec le poids des deux décès.



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