Incident au procès de Samuel Paty à une semaine du verdict

Le procès en appel de l’assassinat de Samuel Paty connaît un incident

À une semaine du verdict, le procès en appel de l’assassinat de Samuel Paty a été marqué par un incident vendredi 20 février. Lors de l’audience, un témoignage du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, qui était alors récemment nommé coordinateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme, a été lu devant la cour. Ce témoignage a suscité la controverse, notamment parce qu’il a été interprété comme apportant un argument en faveur de la défense du militant islamiste Abdelhakim Sefrioui.

Une audition atypique et ses implications

La veille de l’audience, jeudi 19 février, Laurent Nuñez avait été auditionné en privé par le premier président de la cour d’appel. Il s’agissait d’un témoignage écrit, dont la lecture a eu lieu le lendemain devant la cour.

Dans ce document, une avocate représentant les parties civiles a interrogé Laurent Nuñez sur la dangerosité potentielle d’une personne désignée publiquement dans un contexte de menace élevée, en référence à Abdelhakim Sefrioui. La question portait sur le fait de savoir si le fait de nommer publiquement quelqu’un pouvait l’exposer à un danger grave pour sa sécurité.

Et Laurent Nuñez a répondu : « non, cela ne l’expose pas nécessairement à un danger grave pour sa sécurité. »

Ce commentaire a été perçu comme une concession susceptible de jouer en faveur de Sefrioui. Ce dernier, condamné en première instance pour son rôle dans la campagne de haine ayant précédé l’attaque contre Samuel Paty, affirme ne pas être responsable de la mort du professeur, notamment en raison de la vidéo qu’il a publiée, qui n’avait pas entraîné d’action judiciaire à l’époque.

Les précisions de Laurent Nuñez et la polémique

Face à la polémique, Laurent Nuñez a envoyé un courriel à la présidente de la cour d’assises d’appel pour préciser ses propos. Il y affirme qu’il n’a aucun doute que, dans le contexte de menace de l’époque, la désignation publique de Samuel Paty par les accusés a conduit le terroriste à le cibler. Il considère ainsi qu’il existe un lien de causalité entre ces publications et la mort du professeur.

Pourtant, ses déclarations faites depuis sa messagerie personnelle ont choqué. Me Vincent Brengarth, avocat d’Abdelhakim Sefrioui, a exprimé son étonnement face à cette démarche, la qualifiant d’« abasourdissante ». La défense a également dénoncé une atteinte à la séparation des pouvoirs.

En conséquence, la cour a demandé que Laurent Nuñez soit réentendu pour clarifier ses propos, afin de respecter la procédure. Un haut magistrat lui posera à nouveau les mêmes questions pour qu’elles soient lues en audience avant mercredi 10h30.

Un verdict attendu ce samedi

En première instance, Abdelhakim Sefrioui avait été condamné à 15 ans de prison pour association de malfaiteurs terroriste. La cour avait établi un lien direct entre ses actions en ligne, la campagne de haine, et l’assassinat de Samuel Paty par Abdoullakh Anzorov.

Le procès en appel, qui doit rendre son verdict ce samedi, concerne également deux autres personnes proches de l’agresseur, jugés pour complicité d’assassinat. Parmi eux, un parent d’élève, Brahim Chnina, et Abdelhakim Sefrioui lui-même.

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