Un Magistrat ciblé après la condamnation explosive d’un opposant de l’extrême droite

Un magistrat ciblé après la condamnation d’Erik Tegnér

Depuis la condamnation d’Erik Tegnér, directeur du média d’extrême droite Frontières, à une peine de prison avec sursis le jeudi 18 juin, un magistrat impliqué dans cette décision fait l’objet d’attaques sur les réseaux sociaux. Youssef Badr, qui présidait la formation collégiale du tribunal correctionnel de Bobigny, est la cible de messages injurieux, racistes et virulents.

Le tribunal a condamné Erik Tegnér à six mois de prison avec sursis et 10 000 euros d’amende. La décision faisait suite à la publication par le média Frontières, en janvier 2025, d’un hors-série listant des avocats spécialisés en droit des étrangers. Le magazine les accusait d’être des « militants idéologiques » engagés dans un « business juteux ».

Youssef Badr avait été l’un des juges à avoir rendu cette décision. Sur le réseau X (anciennement Twitter), il est critiqué de manière violente par des sphères d’extrême droite, qui s’en prennent aussi bien à son prénom qu’à son engagement pour favoriser l’accès à la magistrature pour des étudiants issus de banlieues ou de zones rurales.

Des accusations infondées et des insultes

Un groupe d’extrême droite, l’ASLA, le dépeint comme un « activiste pro-immigration » et le présente comme un « militant de gauche et anti-RN ». Selon eux, son principal combat serait de faire en sorte que de « Mohammed » et « Fatoumata » deviennent magistrats.

Le porte-parole du ministère de la Justice, Sacha Straub-Kahn, a réagi en dénonçant ces attaques : « S’en prendre à un magistrat est inacceptable, surtout lorsque cela remet en cause une décision prise dans l’exercice de ses fonctions et de son indépendance. »

De son côté, Me Gilles-William Goldnadel, avocat d’Erik Tegnér, a publié une déclaration sur X, évoquant la nécessité de recuser le juge s’il avait manifesté des positions contre le Rassemblement National ou violé son devoir de réserve.

Une condamnation liée à une publication controversée

La condamnation de Youssef Badr intervient après la publication d’un hors-série du média Frontières en janvier 2025. Le magazine y avait diffusé une liste de soixante avocats, présentés comme « militants » défendant les étrangers en situation irrégulière, qu’il qualifiait de « coupables » de « l’invasion migratoire ». La publication comprenait leur nom, prénom et lieu d’exercice.

Ce contenu avait suscité des réactions de harcèlement et de menaces à l’encontre de certains avocats. Dix d’entre eux avaient saisi la justice, dénonçant une atteinte à leur vie privée et à leur sécurité.

Le tribunal a jugé que le magazine avait dépassé les limites du journalisme en adoptant une « rhétorique accusatoire virulente ». Il a rappelé que ces avocats exercent leur mission dans le cadre de la République. La condamnation d’Erik Tegnér concerne notamment la révélation d’informations pouvant exposer autrui à un risque, une infraction créée en 2021 sous la loi Paty.

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