Choc : Une enquête sur 70 000 dossiers d’abus sexuels jugée impossible dans la crise

Une tâche impossible dans un contexte de crise

Après la mort de Lyhanna, une collégienne de 11 ans, policiers et gendarmes ont reçu pour instruction de revoir l’ensemble des dossiers liés aux infractions sexuelles commises sur des mineurs. Cette opération, en lien avec les parquets, doit couvrir environ 70 000 plaintes. Pourtant, nombreux sont ceux qui considèrent cette tâche comme « impossible » dans le contexte actuel de crise dans les services d’enquête.

Quelques jours seulement après le drame dans le Gers, où le principal suspect était visé par une plainte pour viols sans avoir été entendu, le ministre de la Justice Gérald Darmanin a évoqué un volume de 70 000 plaintes pour violences sexuelles sur mineurs. Ce chiffre témoigne de l’ampleur du problème.

Des effectifs insuffisants et une surcharge de travail

Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a demandé aux forces de police et de gendarmerie de faire un état des lieux des procédures en cours, en ciblant particulièrement celles impliquant des victimes toujours mineures. L’objectif est d’avoir une vision claire des dossiers liés aux infractions sexuelles sur enfants.

Pour les enquêteurs, la situation est critique. Un policier du sud-ouest, exprimant leur ressenti, dénonce une impossible révision de 70 000 dossiers avant le 14 juillet, date limite fixée par le garde des Sceaux. Il estime même qu’il serait difficile de réaliser cet examen d’ici la fin de l’année.

« Les stocks sont déjà surveillés et entretenus. Donc on pourra faire le recensement. Là où ça va être très difficile, c’est de pouvoir analyser chacune de ces procédures pour déterminer s’il y avait une urgence particulière, si le collègue est passé au travers… »,

Les syndicats policiers partagent ce point de vue. Denis Boé, référent national investigation pour Alliance, rappelle qu’il y a plus de trois millions de procédures en attente en France. La priorité est donc difficile à établir face à cette surcharge.

Prioriser les priorités, un défi pour les enquêteurs

Pour le secrétaire général d’Unité, Grégory Joron, ce recensement risque de se faire au détriment d’autres affaires. Il indique que tous les enquêteurs seront mobilisés sur cette tâche, même en détournant des ressources d’autres enquêtes.

La réforme récente de la police, avec la création d’une filière investigation, a déjà fragilisé la police judiciaire. En plus des effectifs insuffisants, elle doit faire face à une lourdeur procédurale, à des logiciels parfois défaillants, et à une crainte chez certains agents d’être victimes d’une chasse aux sorcières. Certains policiers redoutent que leurs dossiers soient rouverts ou que des affaires soient relancées, alimentant une atmosphère de méfiance.

Des policiers redoutent « qu’on (ouvre) les placards : je pense que tous les enquêteurs ont malheureusement la crainte d’avoir dans leurs dossiers une affaire Lyhanna »,

Une réalité alarmante dans les forces de l’ordre

Selon Denis Boé, la priorité pour la police reste la protection des mineurs victimes de violences sexuelles. Cependant, il souligne que d’autres priorités ont été fixées auparavant, comme les violences intrafamiliales ou le harcèlement scolaire. La multiplication des urgences rend la tâche encore plus difficile.

Un responsable territorial de gendarmerie évoque quant à lui qu’il est impossible que toutes les missions soient traitées en priorité, et que des dossiers devront être mis de côté dans le cadre de cette opération de recensement.

Une surcharge constante dans la gendarmerie

Le directeur général de la gendarmerie, Hubert Bonneau, a indiqué que la gendarmerie comptait actuellement 14 000 procédures en stock concernant des violences sur mineurs. Il précise que ses équipes reçoivent environ quatre nouvelles plaintes chaque heure, notamment pour violences sexuelles et sexistes.

« Il faut regarder les choses en face, on a un sujet de recensement de ces enquêtes »,

Pour lui, la priorisation est essentielle. Le vrai défi réside dans la capacité à faire remonter rapidement les cas les plus graves, notamment ceux où les faits sont confirmés par des examens médicaux et l’auteur identifié. Il insiste aussi sur l’importance d’avoir des moyens suffisants, en soulignant que ce n’est pas uniquement une question d’effectifs mais aussi d’organisation et de contrôle.

Un gendarme, ayant travaillé dans une brigade territoriale, précise que l’état des procédures est régulièrement contrôlé à plusieurs niveaux. Il insiste sur le fait que cette surveillance est permanente, et non ponctuelle ou politisée.

Laisser un commentaire