Yvan Colonna : l’État condamné pour sa negligence

Assassinat d’Yvan Colonna en prison : l’État condamné pour manquements à la surveillance

Le 18 février 2025, le tribunal administratif de Marseille a décidé que l’État doit verser 75 000 euros aux héritiers d’Yvan Colonna. Cela fait près de trois ans que l’ancien militant nationaliste corse a été victime d’une agression mortelle à la prison d’Arles. Les juges ont pointé des erreurs graves dans la manière dont l’administration pénitentiaire a surveillé les détenus, notamment le profil extrêmement sensible du codétenu radicalisé.

Yvan Colonna, connu pour avoir été condamné pour l’assassinat du préfet Claude Érignac, était considéré comme un détenu particulièrement surveillé (DPS). Son décès, survenu le 21 mars 2022 après une violente attaque, avait profondément choqué la Corse. La justice reconnaît aujourd’hui la responsabilité de l’État dans cette tragédie carcérale.

Une surveillance défaillante reconnue par la justice

Ce recours a été déposé par l’épouse et les deux fils d’Yvan Colonna. Ils réclamaient une réparation pour les souffrances physiques et morales subies par le prisonnier entre l’agression et sa mort. Le tribunal a accordé une indemnisation totale de 75 000 euros, à partager entre les héritiers. La décision retient que l’administration pénitentiaire n’a pas assuré une surveillance suffisante à Arles.

Selon le jugement, les surveillants n’ont pas été assez présents, et le système de vidéosurveillance, pourtant dense dans la prison, n’a pas été exploité efficacement. Le tribunal a parlé de « manquements fautifs de l’administration pénitentiaire« . En revanche, il a exclu tout manquement concernant le maintien du statut DPS ou le transfert en Corse.

Les proches d’Yvan Colonna ont salué cette reconnaissance, y voyant un message clair sur la responsabilité de l’État à protéger tous les détenus, même ceux sous haute surveillance.

Une attaque violente entre détenus radicalisés à Arles

Le 2 mars 2022, Yvan Colonna a été violemment agressé dans la salle de sport de la prison d’Arles par un autre détenu, décrit comme radicalisé. Ce dernier avait déjà été condamné pour terrorisme. L’attaque a duré plus de dix minutes, sans intervention immédiate, alors que la zone était équipée de caméras, comme l’a relevé une commission d’enquête parlementaire.

Ce profil aurait dû conduire à un placement en quartier d’évaluation de la radicalisation (QER), un dispositif destiné à surveiller de près les détenus les plus dangereux. Les juges ont considéré que l’absence d’inscription de ce détenu en QER a contribué à la survenue du drame.

Après l’agression, Yvan Colonna a été transporté à l’hôpital. Il n’a jamais repris connaissance et est décédé deux semaines plus tard, le 21 mars. En Corse, cette nouvelle a suscité colère et tristesse, notamment dans le village de Cargèse, où la question de la sécurité des détenus particulièrement surveillés est devenue centrale.

Ce que la reconnaissance de faute signifie pour la famille et la prison

Pour la famille d’Yvan Colonna, cette décision n’efface pas la douleur, mais elle officialise que ses droits en détention n’ont pas été respectés. Les héritiers soulignent la portée symbolique de cette condamnation, rappelant que la prison doit respecter des règles et garantir la sécurité de tous.

Ce jugement fait également écho à un rapport parlementaire qui dénonçait déjà, à l’époque, de graves dysfonctionnements à Arles. Il évoquait notamment un système de vidéosurveillance peu exploitable et une gestion inadéquate lors de l’agression. La faute de l’administration concerne aussi la gestion du profil radicalisé, mal pris en charge, dans un contexte où la rigueur extrême appliquée à Yvan Colonna contrastait avec une gestion plus souple de son codétenu.

En reconnaissant la faute de l’État dans l’organisation de la surveillance, cette décision pourrait influencer d’autres affaires de morts violentes en prison. Elle souligne l’importance d’assurer une organisation efficace pour la sécurité des détenus, surtout ceux à profil sensible.

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