Rouen : une avocate pénaliste mise en examen dans une enquête sur un réseau de narcotrafic

Mathilde Sanson, avocate pénaliste au barreau de Rouen, est soupçonnée d’avoir transmis des informations confidentielles à plusieurs figures du narcotrafic normand, dont des proches de Mohamed Amra. Mise en examen, elle a récemment été remise en liberté sous contrôle judiciaire après un vice de procédure.

Une poignée d’hommes cagoulés de noir. Une attaque au véhicule bélier au péage d’autoroute. Deux agents pénitentiaires abattus à l’arme de guerre… En ce mois d’avril 2024, Mohamed Amra vient de s’évader, libéré par un commando en plein convoi judiciaire sur l’A13. Les enquêteurs, sur les dents, veulent à tout prix le retrouver, prêts à tout pour faire payer l’ennemi public numéro 1. Tout doit être analysé, recoupé, pour comprendre comment il a organisé sa belle depuis sa cellule de la prison d’Évreux, où il était en attente de jugement pour une énième affaire. On passe en revue tous ceux qui lui ont rendu visite au parloir. On étudie l’emploi du temps et la téléphonie de tous ses anciens complices connus. Dans le lot, un certain Jean-Charles P., lui-même incarcéré, qui aurait pu lui servir de relais pour communiquer avec l’extérieur. En cellule, au défi du règlement – mais comme tant d’autres détenus –, P. dispose d’un téléphone que l’on met sur écoute. Parmi ses correspondantes régulières, une certaine « Roxane », à l’évidence un pseudonyme. Remontant la piste, les hommes de la JIRS (Juridiction interrégionale spécialisée) de Lille veulent absolument identifier cette femme. Ils y parviennent, et ce qu’ils découvrent les laisse sans voix. Cette « Roxane » ne leur est pas inconnue, mais ce n’est pas le genre de personnage qu’on penserait croiser dans un tel cercle. Elle s’appelle Mathilde Sanson. Et si elle-même fréquente les palais de justice, c’est pour une raison bien précise : elle est avocate pénaliste au barreau de Rouen ! Pourquoi cette professionnelle de 35 ans échange-t-elle si régulièrement avec ce détenu suspect sur une ligne interdite et en masquant son identité ? Une enquête s’ouvre dans l’enquête, qui va bientôt jeter le doute sur les méthodes de la jeune femme. Sur son intégrité aussi. À force de fréquenter les truands, Mathilde Sanson est-elle devenue leur complice ? Après les « flics ripoux », incarne-t-elle une variante en robe noire de la même trahison ?

Des échanges avec un détenu plus qu’équivoques

À éplucher le contenu de ses échanges avec P., le doute devient vite suspicion. Dans une conversation écrite, Maître Sanson expose par exemple au prisonnier le détail des saisies effectuées lors d’une récente perquisition : « Deux téléphones, un sac avec un gilet pare-balles, de la cellophane de conditionnement, du cannabis, des douilles de kalachnikov, des brassards “Police”, une pesette, une compteuse à billets. » Dans une autre, elle le met en garde : « Faites attention, je pense qu’ils font sonoriser les cellules. Je ne sais pas si la justice vous soupçonne, mais on ne sait jamais… » Est-ce bien le rôle d’une avocate ?
À Rouen, où elle exerce depuis huit ans avec assiduité, la petite professionnelle au sage carré blond affiche une réputation mitigée. D’un côté, ses confrères la jugent technique, compétente et pugnace. « Pas brillante au point de marquer durablement les audiences, mais pas mauvaise non plus », dit l’un d’eux. De l’autre, on la trouve distante, individualiste et pas spécialement confraternelle, sinon fouineuse. « Elle cherchait à s’immiscer dans des dossiers où elle n’était pas constituée, rapporte un avocat de correctionnelle concurrent. Elle essayait d’avoir des contacts directs avec les clients des autres. Elle venait aux audiences où elle n’avait pourtant rien à faire, pour entendre ce qui se disait. Pour résumer, elle cherchait à tout savoir sur tout le monde. » Un comportement énigmatique que l’on peut lire de différentes façons. Peut-être Mathilde Sanson est-elle un simple électron libre qui cherche à accaparer les meilleurs dossiers en jouant contre ses camarades. Ou alors peut-être cherche-t-elle autre chose. Des informations, par exemple. Mais pour le compte de qui ?

Tombée sous le charme d’un narcotrafiquant

Les rumeurs sur sa vie privée ne font qu’alimenter les interrogations. Maman séparée d’un petit garçon, la jeune femme aurait succombé il y a quelques années au charme d’un bandit incarcéré versé dans le narcotrafic. Un maton les aurait même surpris en pleine relation sexuelle au parloir. Sur X, un compte sous pseudonyme lui est attribué dans lequel Mathilde Sanson évoque cette période de sa vie. « Le meilleur moyen de résister à la tentation, c’est d’y céder, et j’ai cédé », écrit-elle. On a beau être avocate, on n’en est pas moins femme, et on ne choisit pas toujours de qui on tombe amoureuse. Mais si elle était sincère dans ces élans, le malfrat l’était-il tout autant ? L’a-t-il manipulée pour la gagner à sa cause ? Dans les couloirs du palais de justice de Rouen, on a là encore de sérieux doutes. Ce qui est sûr, c’est que même après cette relation, celle que l’on dit « fragile sur le plan sentimental » a continué d’entretenir des relations ambiguës avec des figures du milieu, notamment ce Jean-Charles P., en lui adressant au moins un selfie en nuisette – un cliché plus tard retrouvé. Ça change de la robe de plaidoirie, mais une telle intimité interroge. « Elle était trop proche de la voyoucratie », estime un confrère, qui pense qu’à ce petit jeu, la professionnelle aurait perdu ses repères. Réputée « pas chère et capable de rendre des services » (apparemment de plusieurs natures) auprès de trafiquants normands, elle serait devenue progressivement leur avocate chouchoute, au point d’en inviter certains chez elle, pour des petits barbecues amicaux. Également au point d’être adoptée comme un membre de la famille ?

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Source : Le nouveau detective

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