Affaire Boulin : l’enquête pour assassinat relancée après 45 ans
Affaire Robert Boulin : l’enquête pour assassinat relancée
Plus de 45 ans après la mort de l’ancien ministre Robert Boulin, l’une des énigmes politiques majeures de la Ve République refait surface. Jusqu’à présent classée comme un suicide, l’enquête a été entièrement relancée. Le dossier a été transféré au pôle national des crimes sériels ou non élucidés (PCSNE) du tribunal de Nanterre. Trois juges d’instruction spécialisés ont été désignés pour reprendre les investigations.
Cette décision, annoncée lundi, redonne espoir à la famille du ministre. Celle-ci n’a jamais cru à la version officielle. Selon sa fille, Fabienne Boulin-Burgeat, il s’agit d’un assassinat politique déguisé. Le corps de Robert Boulin avait été retrouvé le 30 octobre 1979 dans un étang de la forêt de Rambouillet. La justice avait rapidement conclu à un suicide par noyade, en lien avec une affaire immobilière à Ramatuelle qui impliquait le ministre.
De nouvelles investigations menées par des juges spécialisés
Le transfert du dossier de Versailles vers le pôle « cold cases » de Nanterre marque un tournant important. Cette structure dispose de moyens spécifiques pour réexaminer des affaires complexes et anciennes. La présidence du tribunal de Nanterre a confirmé qu’avec cette relance, les trois juges pourront « poursuivre de nouvelles investigations sans délai ». Une information judiciaire a été ouverte pour des infractions graves, notamment arrestation, enlèvement, séquestration suivie de mort, et assassinat.
Pour l’avocat de la famille, Me Didier Seban, cette étape est cruciale. Il espère que cette investigation permettra de résoudre cette énigme qui hante la Ve République. Depuis des décennies, les proches de Robert Boulin suspectent l’implication possible du Service d’action civique (SAC), le service d’ordre du parti gaulliste, dans un contexte politique tendu sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing.
Le témoignage qui a changé le cours de l’enquête
La relance de l’affaire Robert Boulin est en grande partie due à un témoignage tardif mais décisif. En 2023, un homme nommé Elio Darmon s’est manifesté auprès de la justice. Il a raconté avoir assisté, dans les années 1980, à une conversation entre plusieurs « barbouzes » évoquant la mort du ministre. Selon ses déclarations, ils auraient expliqué avoir mis en scène un suicide après une opération d’intimidation violente qui aurait mal tourné.
Ce témoignage a permis d’identifier un suspect potentiel, Henri Geliot, un « truand » décédé en 1986. Elio Darmon, qui était le témoin clé, est lui-même décédé en avril 2024 de causes naturelles, selon le parquet de Lorient. Ses déclarations ont toutefois fourni une piste solide, poussant la justice à rouvrir le dossier, près d’un demi-siècle après les faits.



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