Patrick Balkany de nouveau devant la justice à 77 ans
Un retour devant la justice pour Patrick Balkany
À 77 ans, Patrick Balkany doit comparaître à partir de ce mardi devant le tribunal judiciaire de Nanterre. Il est poursuivi pour des faits de « détournement de fonds publics ». Après une tentative de revenir en politique lors des dernières élections municipales, il est à nouveau rattrapé par des affaires liées à sa période en tant que maire.
Une perquisition surprise à Giverny
Le 21 mars 2013, lors d’une perquisition à Giverny (Eure), les enquêteurs espéraient trouver des éléments pour appuyer leurs soupçons. Ils ont fait une rencontre inattendue en découvrant un policier municipal installé au moulin où résident Patrick Balkany et son épouse, Isabelle.
Ce policier a confirmé qu’il était l’un des « chauffeurs attitrés » du maire de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine). Il disposait même d’une chambre sur place pour pouvoir partir à tout moment en service. Selon lui, ils étaient disponibles 24 heures sur 24 pour suivre le rythme de Balkany, ce qui illustre la proximité de ces agents avec le maire.
Une accusation de favoritisme et d’emplois fictifs
Patrick Balkany, aujourd’hui âgé de 77 ans, doit répondre de « détournements de fonds publics ». La justice l’accuse d’avoir fait supporter par la mairie les salaires de quatre agents – trois policiers municipaux et un policier en détachement – entre 2010 et 2015, en les utilisant comme chauffeurs personnels.
Les agents ont reconnu lors de leur audition qu’ils effectuaient des trajets mêlant activités privées et fonctions municipales. Parmi les déplacements cités : un aller-retour à Deauville pour un dîner, le transport des petits-enfants et de leur nounou à Neuilly-sur-Seine, ou encore des trajets pour l’assistante parlementaire de Balkany. L’un d’eux a même indiqué qu’ils étaient davantage des « larbins » que de véritables chauffeurs officiels, rappelant qu’il avait refusé de sortir les chiens des Balkany un soir.
Patrick Balkany a toujours nié toute responsabilité, affirmant que c’était un directeur de cabinet qui gérait ces questions. Il a justifié cette organisation par des mesures de sécurité personnelles, notamment après avoir été victime d’un tir à la carabine dans son bureau en 1983, ce qui aurait conduit à l’installation de vitres blindées. Cependant, aucune preuve de cette attaque n’a été retrouvée.
Les voyages et la vie à Saint-Martin
Le juge s’interroge également sur la raison pour laquelle Balkany n’a pas sollicité le Service de protection des hautes personnalités (SPHP), dont les coûts sont pris en charge par l’État et non par la mairie. Il s’interroge aussi sur la présence des chauffeurs lors de leurs déplacements à la résidence secondaire de Balkany, la villa Pamplemousse, située sur l’île de Saint-Martin, dans les Antilles françaises.
Selon Balkany, ces invitations étaient à ses frais, durant leurs congés. Mais des éléments troublants ont été relevés, notamment une fiche de policier municipal indiquant qu’il a passé plus de temps en vacances à Saint-Martin (51 jours en 2012) que ses congés annuels officiels (39 jours). Une amie proche des Balkany a également témoigné que les chauffeurs y l’emmenaient à la plage, chez le coiffeur ou au casino, ce qui alimente les soupçons de voyages à but personnel.
Ces indices ont renforcé la décision du juge de renvoyer Balkany en correctionnelle pour « détournements de fonds publics ».
Une autre affaire d’emploi fictif impliquant un proche
En plus de cette affaire, Patrick Balkany doit répondre cette semaine d’autres accusations, notamment pour « détournement de fonds » et « prise illégale d’intérêts ». Ces accusations concernent l’emploi de Renaud Guillot-Corail, un proche de Balkany, qui a travaillé à la mairie comme « conseiller économique » jusqu’en 2012, puis aurait continué à percevoir une rémunération et bénéficier d’un bureau, tout en dirigeant une « association satellite » de la mairie, le Comité de développement économique et d’échanges internationaux de Levallois (Le CODEEIL).
Les enquêteurs soupçonnent cet emploi d’être fictif, en raison de l’absence réelle d’activité dans le cadre de cette structure. Les comptes révèlent aussi des dépenses inhabituelles : repas dans des restaurants prestigieux, voyages dans des destinations de villégiature telles que Bali, Miami ou Cuba, et hôtels de luxe. La justice considère que ces dépenses ne sont pas justifiées et suspecte un montage financier pour enrichissement personnel.
Renaud Guillot-Corail étant décédé en 2020, seul Patrick Balkany devra s’expliquer lors de l’audience. Lors de l’enquête, il a évoqué le « travail intellectuel » de son ancien collaborateur pour le rayonnement international de Levallois.
Réactions et contexte judiciaire
Son avocat, Robin Binsard, a déclaré qu’il solliciterait la relaxe pour Patrick Balkany, estimant que ces affaires datent de plus d’une décennie. La défense précise que Balkany sera présent pour se défendre lui-même lors du procès.
Écarté de ses fonctions de maire en 2020 après ses problèmes judiciaires liés à la fraude fiscale, il avait tenté un retour politique lors des dernières municipales avec une liste baptisée « Génération Balkany ». Mais cette liste, faute d’éligibilité, a obtenu moins de 8 % des voix et a été éliminée.
Malgré l’absence de rôle officiel, Balkany continue d’affirmer qu’il a sa propre organisation et ses méthodes. Lors d’un interrogatoire, il s’était emporté, dénonçant ce qu’il qualifiait d’abus de pouvoir de la part du juge et regrettant de devoir parler de ces affaires plutôt que des délinquants dans la rue.
Le tribunal de Nanterre a programmé quatre jours d’audience pour examiner ces dossiers, qui pourraient lui valoir une peine maximale de dix ans de prison.



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