Trafic de drogue : le procès explosif de l’ancien chef antidrogue à Bordeaux
Après trois semaines d’audience dans le procès de l’ex-patron de la lutte antidrogue, François Thierry, les réquisitions sont attendues ce lundi à Bordeaux.
Le commissaire est jugé pour complicité de trafic de drogue. La procédure concerne une saisie spectaculaire de sept tonnes de cannabis, effectuée il y a onze ans dans un quartier huppé de Paris. Ce procès met en cause François Thierry, ancien chef de l’Office central de répression du trafic illicite de stupéfiants (Ocrtis), pour ses liens avec un trafiquant de grande envergure, Sophiane Hambli, qui est actuellement détenu au Maroc.
Le procès a débuté le 2 mars dans la région de la Gironde, avec une audience longue qui a permis d’aborder 70 tomes de procédure. Lors de sa deuxième journée d’interrogatoire, François Thierry (57 ans) a évoqué ses relations avec l’autorité judiciaire. Il est accusé de ne pas avoir informé suffisamment la justice de ses méthodes.
Un « naufrage opérationnel »
Selon lui, le problème principal réside dans une mauvaise coordination entre les services. Il a déclaré que « cette aventure, ce naufrage opérationnel, a lieu parce qu’on est incapables de faire de la coordination d’information » avec les magistrats référents.
Lorsque François Thierry dirigeait l’Ocrtis (de 2010 à 2016), il privilégiait l’infiltration des filières par des « indicateurs ». L’objectif était d’autoriser la livraison de drogue afin d’appréhender les têtes de réseau.
À cette époque, la procédure de livraison surveillée consistait à informer le parquet d’entrée sur le territoire, notamment à Perpignan. Cependant, les opérations se déroulaient ensuite près de Lyon ou en région parisienne. François Thierry a expliqué que cela entraînait un manque d’interlocuteur unique pour les forces de l’ordre.
Une « trahison évidente » de l’indic
Il a affirmé que les policiers ne veulent pas agir seuls et ont besoin de magistrats pour prendre des décisions. Il a aussi salué la loi sur le narcotrafic de 2025, qui a créé un parquet national anticriminalité organisée (Pnaco).
Le commissaire a reconnu avoir accordé une « crédibilité excessive » à son informateur, Sophiane Hambli, qu’il qualifie de « trahison évidente et manifeste ». Cependant, il a nié tout affect personnel, précisant : « Je ne suis pas tombé amoureux de Sophiane Hambli. »
Il a ajouté que beaucoup d’informations fournies par Hambli ont permis de démarrer plus de 60 affaires. Selon lui, il n’existe pas d’autre indicateur ayant contribué à autant d’opérations.
Sophiane Hambli, qui est absent de l’audience car détenu au Maroc, est soupçonné d’avoir été l’unique commanditaire du chargement de drogue. Le tonnage exact est controversé : un prévenu évoque une quarantaine de tonnes, mais les saisies n’ont porté que sur 15 tonnes.
De son côté, Hambli, âgé de 50 ans, affirme être simplement un « logisticien » d’une opération validée par l’Ocrtis.



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