L’incroyable face cachée de l’abbé Pierre : la première victime enfin révélée
Longtemps, l’abbé Pierre a été perçu comme le symbole de la solidarité envers les sans-abri. Cependant, une autre facette de son histoire a mis près de cinquante ans à émerger. Celle d’une petite fille de 8 ans, aujourd’hui reconnue comme la première victime avérée de l’abbé Pierre, qui l’accuse d’agressions sexuelles et a choisi de garder le silence pendant presque un demi-siècle.
Le 17 juillet 2024, un rapport du cabinet Egaé, commandé par Emmaüs International, a révélé sept témoignages de violences sexuelles attribuées à l’abbé Pierre, datant de la fin des années 1970 à 2005. Parmi ces témoignages, celui d’une enfant de 8 ans. En janvier 2026, cette victime publie un livre intitulé Et pourtant, tout le monde savait, dans lequel elle raconte : la petite fille, c’est elle.
Quand Rachel Le Nan se reconnaît dans le rapport sur l’abbé Pierre
Après la publication du rapport Egaé en juillet 2024, Rachel Le Nan entend à la radio le nom de l’abbé Pierre, qu’elle a toujours tenté d’effacer de sa mémoire. Elle explique qu’elle a compris alors qu’elle n’était ni seule ni folle. Dans son livre, elle écrit : « Je ne suis pas folle. Je ne suis pas seule. Je ne suis pas la première. Je ne suis pas la dernière. Et si je suis encore vivante aujourd’hui, c’est peut-être que ma parole compte ».
Depuis son enfance, Rachel Le Nan a enfoui ce qu’elle qualifie de traumatisme quotidien. La révélation publique de 2024 l’a poussée à parler à ses enfants, malgré la peur qu’elle ne soit pas crue. Elle raconte également entendre encore des propos accusant les victimes de parler « pour le fric » ou demandant « pourquoi 50 ans après ».
Une agression à 8 ans dans le bureau de l’abbé Pierre
« J’ai 8 ans quand je me fais agresser. La première agression, lorsque je rentre dans le bureau de l’abbé Pierre, est foudroyante », confie Rachel Le Nan. Elle explique avoir compris dès cet instant que cette scène était anormale, qualifiant le comportement de l’abbé de « bestial ». Elle précise aussi qu’avant cette visite, elle subissait déjà des violences répétées de la part de son beau-père, lui aussi prêtre.
En cherchant à comprendre son passé, elle découvre que son beau-père, René, venait de sortir de cinq ans de prison pour des faits similaires, notamment sur deux petites filles de cinq ans et une autre de huit ans. Elle pense que ses deux prêtres étaient en connivence. Elle raconte aussi que son beau-père lui aurait demandé, après l’entrevue, si elle avait été « sage ». Rachel se sent alors littéralement livrée à l’abbé comme une offrande.
Briser l’omerta pour les autres victimes
Au fil de son enfance, Rachel Le Nan a tenté à plusieurs reprises d’alerter des adultes, sans succès. En août 1977, elle a enfin parlé à sa mère des attouchements de son beau-père. Le lendemain, sa mère s’est suicidée. Pour elle, cette tragédie est liée au poids du secret et au silence qui entourait ces violences. Elle estime que sa mère a été une victime collatérale de cette omerta, du Vatican, de l’église et d’Emmaüs.
Avec le recul, Rachel voit dans son histoire une protection organisée autour d’une figure emblématique. Elle explique : « Au-delà de l’horreur, je suis tombée dans un système, dans quelque chose de structuré pour sauver la tête de l’abbé Pierre, l’icône qu’il fallait absolument protéger. Tout le monde savait que l’abbé Pierre avait un sérieux problème. » Elle réclame aujourd’hui la reconnaissance des victimes et la mise en cause du Vatican, de l’Église et d’Emmaüs. Elle espère aussi encourager d’autres victimes à parler.
Malgré tout, elle se raccroche à une phrase intime : « Je me suis dit : tes enfants vont bien, tes petits-enfants vont bien, donc j’y vais et je vis. La vie vaut vraiment la peine d’être vécue ».



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