Rachida Dati et Carlos Ghosn face à la justice : le procès choc sans eux

Le procès très médiatisé de Rachida Dati a débuté mercredi à Paris, en son absence. Son coaccusé, Carlos Ghosn, ex-PDG de Renault, n’était pas présent non plus. Tous deux sont poursuivis pour corruption et trafic d’influence. La justice les soupçonne d’avoir reçu 900 000 euros du constructeur automobile pendant que l’élue était eurodéputée.

Refus de report du procès

Carlos Ghosn, qui se trouve actuellement au Liban, n’a pas assisté à l’audience. Il a tenté de faire reporter le procès, en affirmant ne pas avoir reçu sa convocation dans les règles. Sa demande a été rejetée après une heure de délibération par le tribunal correctionnel de Paris. La présidente, Claire Saas, a indiqué que le procès se poursuivrait comme prévu, avec le dossier complet à l’audience.

Ce refus de report permet à Ghosn, qui n’a pas envoyé d’avocat pour le représenter officiellement, de faire opposition ultérieurement. Cela lui laissera la possibilité de demander un nouveau procès si nécessaire.

Les accusations contre Rachida Dati

Rachida Dati, 60 ans, est accusée d’avoir conclu un pacte de corruption. Elle aurait aussi mené un lobbying illégal au Parlement européen, alors qu’elle était membre. Selon l’accusation, ces actions ont été faites pour le compte de Renault-Nissan entre octobre 2009 et février 2013.

Lors de l’ouverture de l’audience, l’ancienne ministre de la Justice, vêtue de noir, a confirmé son identité. Elle a écouté le résumé des poursuites. Elle nie fermement les accusations du parquet national financier, affirmant n’avoir exercé qu’un travail d’avocate, ce qui serait compatible avec son mandat d’élu.

Demande de report rejetée

La première partie de l’audience a été surtout consacrée à la demande de report formulée par Ghosn. Celui-ci, réfugié au Liban, n’a pas été convoqué dans les formes légales. Son avocat l’avait sollicité pour qu’on reporte le procès, estimant qu’il n’avait pas été correctement informé.

Après discussion, la cour a rejeté cette demande. La juge a indiqué que le dossier serait jugé dans les cinq jours. Ghosn, absent, n’a pas envoyé d’avocat pour le représenter officiellement, mais son avocat libanais assistait discrètement aux débats.

Ce procédé lui permet de faire éventuellement opposition et de demander un nouveau procès si besoin.

Les enjeux et les reproches

L’avocat de Renault, Me Kami Haeri, a critiqué l’attitude de Ghosn, parlant d’un « vol de moineaux » dans cette affaire. Selon lui, Ghosn ne souhaite pas se présenter devant la justice française. Le constructeur souligne que l’ex-mandataire ne veut pas comparaître, car cela pourrait faire tomber tout le système qu’il a mis en place.

Les enquêteurs estiment que la convention d’honoraires signée en 2009 entre Dati et Ghosn, d’un montant annuel de 300 000 euros, aurait permis de dissimuler un travail de défense des intérêts de Renault au Parlement européen. Or, cette activité aurait été interdite par le mandat d’eurodéputée.

Ce contrat a été découvert lors d’une perquisition en 2019, après l’arrestation de Ghosn au Japon, qui a entraîné la chute du dirigeant franco-libanais.

Des traces peu nombreuses

Les enquêteurs doutent de la réalité du travail juridique effectué par Dati. Ils ont retrouvé peu de traces concrètes de ses activités, alors que la prestation a duré plusieurs années. La justice s’interroge sur la cohérence entre la rémunération et le peu de documents officiels.

Rachida Dati affirme avoir travaillé comme avocate pour Renault-Nissan dans divers dossiers liés notamment au Maroc, à l’Algérie, à la Turquie ou à l’Iran. Elle soutient que Carlos Ghosn aurait voulu éviter de conserver les notes de ses avocats. Sa défense prévoit de faire témoigner plusieurs personnes pour prouver son travail effectif.

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