Carmen Enciso : le procès d’une boulangère meurtrière en pleine lumière

Le procès de Carmen Enciso et la question du profil psychologique de la femme criminelle

Ce mercredi 3 juin 2026, la cour d’assises des Pyrénées-Orientales a ouvert le procès de Carmen Enciso, une ancienne boulangère. Elle est accusée d’avoir tué puis démembré son compagnon, François Vigouroux, un électricien de 56 ans disparu peu de temps après une sortie à vélo.

L’affaire a été découverte sur un site touristique des Pyrénées-Orientales, où des restes humains ont été retrouvés dans plusieurs sacs-poubelle. Rapidement, Carmen Enciso est devenue la principale suspecte. Les enquêteurs évoquent un empoisonnement présumé, un démembrement et un mobile financier. Cette affaire soulève des questions sur la nature des crimes commis par des femmes.

Existe-t-il un profil psychologique de la femme criminelle ?

Les spécialistes se demandent s’il existe un profil psychologique type pour la femme qui commet un crime. Les femmes préméditent-elles plus souvent que les hommes ? Leur mode opératoire diffère-t-il ? Pour tenter de répondre à ces questions, le podcast « Affaire suivante » s’est entretenu avec Geneviève Morel, psychanalyste et auteure de l’ouvrage Tueuses : Du crime au féminin, publié en 2024.

Les pratiques criminelles féminines : démembrement et dissimulation

Le démembrement est-il courant chez les femmes ?

Bien que ce ne soit pas fréquent, le démembrement peut arriver. Un exemple récent est le film Un balcon à Limoges, inspiré d’un fait divers où une amie découpe l’autre après l’avoir tuée. Ce genre de crime existe dans la réalité, même si c’est rare.

Que signifient ces actes violents ?

La dissimulation de corps vise à éviter la arrestation, tandis que le démembrement traduit souvent une forte rage. Ce dernier acte peut apparaître comme une transe ou une perte de contrôle, comparable à un état de folie ou de transport, où la personne agit sous l’effet d’une impulsion extrême. Ces actes ne sont pas propres aux femmes, mais leur intensité peut révéler un état de transe ou de délire.

Les crimes d’empoisonnement et leur perception

Le crime d’empoisonnement, un crime féminin ?

Historiquement, l’empoisonnement a été associé aux femmes, notamment parce qu’avant l’existence d’analyses toxicologiques, c’était un moyen facile. Des œuvres comme Madame Bovary évoquent cette pratique. Cependant, aujourd’hui, grâce à la toxicologie, ce mode opératoire est moins fréquent.

Les femmes préméditent-elles davantage leurs crimes ?

Selon l’experte, les femmes ne préméditent pas forcément plus que les hommes. La préméditation n’est pas une caractéristique exclusive à un sexe. Les circonstances et les mobiles jouent aussi un rôle, qu’ils soient liés à la jalousie, la trahison ou la possession.

Les modes opératoires et leur dimension genrée

Les modes opératoires sont-ils liés au genre ?

Pas nécessairement. Le couteau, par exemple, est un outil fréquemment utilisé, quelle que soit la femme ou l’homme. La plupart des crimes étudiés semblent résulter d’un déclenchement émotionnel plutôt que d’une préméditation. La violence dans la cuisine, par exemple, peut devenir dangereuse, notamment parce qu’elle implique des ustensiles courants et accessibles.

Peut-on dresser un profil psychologique type de la femme criminelle ?

Il est difficile d’établir un profil précis. En tant que psychanalyste, l’auteure travaille sur des cas individuels. Le crime, en soi, n’a pas de genre. Les mobiles, comme la jalousie ou la rupture, se retrouvent autant chez les hommes que chez les femmes. La différence réside souvent dans la manière dont ces mobiles s’expriment, notamment autour de notions d’amour ou de trahison.

Les spécificités émotionnelles et leur influence

Le passage à l’acte chez la femme est-il plus émotionnel ?

Les actes violents sont souvent liés à une forte charge émotionnelle. Même si l’on parle de criminels « froids », leur acte peut résulter d’une explosion de rage ou d’une douleur intense. Chez les femmes, notamment, tuer un enfant peut représenter une forme d’auto-mutilation, car l’enfant fait partie d’elles-mêmes. Ce lien étroit avec l’émotion est une caractéristique importante.

Une fascination pour la figure de la femme tueuse

Le crime féminin continue de susciter une certaine fascination. La figure de la femme fatale, véhiculée par la littérature et le cinéma depuis le XIXe siècle, incarne cette image de femme mystérieuse, séduisante et terrifiante. Ces archétypes restent présents dans l’inconscient collectif et alimentent la perception des femmes criminelles.

Une femme tueuse devient-elle un monstre instantanément ?

Les théories du XIXe siècle, comme celles de Cesare Lombroso, associaient la criminalité féminine à des traits monstrueux ou instinct maternel dévoyé. Aujourd’hui, cette vision est dépassée. Les femmes tuent six fois moins que les hommes dans le cadre conjugal, et leur résistance au crime est notable. La majorité des femmes criminelles ne correspondent pas à ces clichés.

Responsabilité ou folie ?

Pendant longtemps, les femmes accusées de crimes étaient souvent considérées comme folles ou mentalement défaillantes. L’avortement, autrefois considéré comme un crime, était parfois excusé chez les femmes, tout comme certains infanticides. La présence de troubles psychiatriques est fréquente chez les criminels, y compris chez les femmes. Même si un comportement peut sembler froid ou normal, il peut cacher une explosion délirante du moment.

Une figure féminine criminelle qui intrigue

Parmi les figures féminines criminelles, celle de Violette Nozière ou des Sœurs Papin, documentée par Lacan, suscite beaucoup d’interrogations. Le choc brutal d’un crime, souvent très violent, évoque une sortie de soi, une transe ou une rage incontrôlable. Ces actes peuvent révéler une dimension d’explosion intérieure, difficile à comprendre.

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