L’escroquerie immobilière la plus énorme de France dévoilée à Marseille
Une affaire d’escroquerie massive à Marseille
Après près de dix-huit ans d’instruction, le tribunal correctionnel de Marseille doit rendre jeudi son jugement dans l’affaire Apollonia. Selon l’accusation, il s’agit de « la plus grande escroquerie immobilière et financière que la France ait jamais connue », avec un préjudice estimé à plus de 1,2 milliard d’euros.
Ce procès concerne une société basée à Aix-en-Provence, spécialisée dans le conseil en patrimoine. Entre 2004 et 2009, cette entreprise aurait réalisé 115 millions d’euros de commissions. Elle aurait plongé environ 750 victimes dans un endettement considérable en leur faisant réaliser des investissements immobiliers dans des résidences services, souvent démesurés.
Le rôle des principaux accusés et les peines demandées
Quatorze personnes ainsi que la société Apollonia ont été jugées pour escroquerie en bande organisée, faux et blanchiment aggravé, entre mars et juin 2025. Le procureur Mathieu Vernaudon a requis la peine maximale de dix ans de prison contre Jean Badache, 71 ans, et son épouse Viviane Badache, 69 ans. Il a également demandé la confiscation de biens immobiliers, bijoux et assurances-vie du couple, d’une valeur totale de 19 millions d’euros.
Les accusations portent sur un procédé où les responsables empilaient des crédits immobiliers pour leurs clients, qu’ils considéraient comme des « produits » à vendre. Ces derniers se retrouvaient endettés de 800.000 euros à 4 millions d’euros. La société promettait aux médecins, kinés, dentistes, un patrimoine immobilier sans dépenser un sou, grâce au statut de « loueur en meublé professionnel » et à des dispositifs de défiscalisation.
Les victimes étaient invitées à signer des documents vierges, leur délégant ainsi toutes les démarches administratives et financières à Apollonia. Le remboursement de la TVA, les loyers et autres avantages fiscaux devaient couvrir intégralement leurs investissements.
Les banques et la complicité dans la fraude
Plusieurs établissements bancaires, également parties civiles, ont été impliqués. Selon le tribunal, ces banques ont accordé des prêts sans connaître la totalité des emprunts réalisés auprès d’autres établissements. Lorsqu’un client sollicitait cinq banques pour un emprunt de 500 000 euros, il se retrouvait endetté jusqu’à 2,5 millions d’euros.
Les clients pensaient que leur projet était sécurisé par des notaires. Pourtant, ces derniers ont été accusés d’avoir violé leur devoir de conseil en donnant leur aval à des opérations frauduleuses.
Pour certains officiers ministériels, le procureur a réclamé des peines allant de trois ans de prison avec sursis à cinq ans dont deux ferme sous bracelet électronique. Cependant, leurs avocats ont plaidé la relaxe.
Les manipulations psychologiques et les autres responsables
Le tribunal doit également juger la culpabilité de quatre commerciaux d’Apollonia. Ces VRP auraient utilisé la manipulation psychologique et la mise en scène pour rassurer les clients, en leur faisant croire à la légitimité des investissements.
Des peines allant jusqu’à cinq ans de prison avec mandat de dépôt et une amende de 100.000 euros ont été demandées contre trois d’entre eux. Par ailleurs, trois secrétaires, responsables de retoucher les dossiers pour dissimuler certains emprunts ou loyers, risquent des peines avec sursis.
Les commerciaux ont expliqué avoir été sous pression constante. Selon eux, Jean Badache leur lançait : « Tous les matins, un pigeon se lève et il faut aller le chercher ».
Durant le procès, Badache a contesté les accusations, accusant à son tour les victimes de cupidité et affirmant que ces dernières dépensaient la TVA remboursée chez des marques de luxe telles que Ferrari ou Maserati.



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