Les procès qui ont marqué l’année : Cédric Jubillar, un combat judiciaire hors norme

En cette fin d’année, le Nouveau Détective revient sur les grands procès qui ont marqué l’année 2025. Aujourd’hui, retour sur le jugement de Cédric Jubillar, condamné en première instance à Albi (Tarn) pour le meurtre de sa femme Delphine.

C’est sans doute le procès le plus riche en rebondissements de l’année. Quatre semaines d’audience où tout aura marqué les esprits : les incertitudes de l’enquête, les versions de l’accusé, le besoin de réponses des proches de Delphine, la stratégie offensive de la défense qui n’aura jamais baissé les bras. À Albi (Tarn), du premier au dernier jour, le dossier Jubillar a exposé au grand jour la difficulté de juger un crime sans corps, sans aveux ni témoin direct.

Une défense offensive, un dossier fissuré

Dès la première semaine, Mes Emmanuelle Franck et Alexandre Martin, les avocats de Cédric Jubillar, ont imposé un tempo agressif. Dépositions « flottantes », erreurs de téléphonie, suspects secondaires écartés trop vite, livret de famille retrouvé sans suivi, délinquants sexuels jamais auditionnés : les avocats dénoncent une enquête à charge. Leur stratégie est claire : créer le doute dans l’esprit des jurés.
Face à eux, des gendarmes déstabilisés peinent parfois à s’expliquer. À plusieurs reprises, la salle retient son souffle. Jusqu’au coup de théâtre de l’audience : le téléphone de l’amant de Delphine Jubillar qui aurait borné le soir de sa disparition, dans la nuit du 15 décembre 2020, à Cagnac-les-Mines (Tarn). Le lendemain, la cour aura une réponse lors de la déposition de l’expert en téléphonie. Ce « bornage » résulte en réalité d’une erreur de copier-coller

Le portrait d’un couple fracturé

Puis vient la parole des proches de Delphine. Tous racontent un couple miné par les humiliations et la colère de Cédric Jubillar. Les mots rapportés dressent le portrait d’un couple dysfonctionnel. Le fils de Cédric et Delphine, Louis, deviendra malgré lui un des éléments-clés de l’accusation. La nuit des faits, il rapporte des cris et une dispute. Il raconte aussi des violences paternelles qu’il dit avoir subies pendant des mois. La lettre, lue devant le tribunal, glace la salle.
L’amant de Delphine, Donat-Jean M., livrera aussi un témoignage capital. Il décrit une histoire d’amour « évidente », leurs projets, leurs messages. Et une certitude : Delphine n’aurait jamais sorti ses chiens dans le noir le soir des faits, comme l’affirme pourtant Cédric Jubillar.

La parole de l’accusé

Cédric Jubillar, lui, reste égal à lui-même : calme, parfois bravache, souvent imprécis. Le soir des faits, il raconte avoir fait un « câlin » à son fils et à son épouse puis s’être douché. Il conteste la dispute entendue par son fils. Et surtout, il martèle : « Je n’ai pas tué Delphine. »
Mais l’accusé est mis face à ses incohérences : son téléphone coupé à 22h08, la voiture déplacée, la buée dans le véhicule, les cris, les menaces antérieures, l’absence totale de piste extérieure viable. « Sinon qui ? », lance un avocat. 

Des plaidoiries comme un duel final

Partie civile et parquet déroulent leurs certitudes entre un homme qui refuse le divorce et une disparition incompatible avec un départ volontaire. Et malgré tout, selon eux, des preuves. « Cette maison témoigne », insiste l’un d’eux, reconstituant les scènes comme autant de « caméras » invisibles.
En face, la défense livrera une plaidoirie poignante. Me Franck parle de la « machine à broyer » dans laquelle son client est piégée depuis quatre ans. Elle démonte une par une les pièces du dossier. « Je n’ai plus rien à vous dire et je suis épuisée, terminera-t-elle en retenant ses larmes. Je me serai battue à chaque instant. C’est difficile pour moi, de m’arrêter de parler. Tant que je plaide, je le défends encore. Je l’ai défendu devant les juges, les journalistes, ma famille, des inconnus, et je continue… Mais maintenant je vais me taire, car c’est seulement dans le silence et le recueillement que vous pourrez mettre fin à ce cauchemar. »

Lire la suite…

Source : Le nouveau Detective

Laisser un commentaire