Prison : la vérité choquante sur la corruption et le danger des portables

Sébastien Piteau, ancien surveillant de prison, a co-écrit « Journal d’un maton » avec Frédéric Ploquin. Il y raconte l’envers du décor en prison et la manière dont certains agents peuvent sombrer dans la corruption. Selon lui, « le portable, en prison, ça tue », une réalité dénoncée par le journaliste d’investigation.

Sébastien Piteau a exercé comme surveillant de prison pendant près de vingt ans. Il a fini par quitter son poste à cause de la passivité de l’administration face à la corruption. « Un choix de l’administration de ne pas aller au fond des choses, moi je m’étais exposé mais on a remis le couvercle sur la poubelle, on m’a laissé au milieu », explique-t-il, amer, lors d’une interview aux Grandes Gueules.

Il a co-écrit « Journal d’un maton » avec Frédéric Ploquin, paru le 4 mars aux éditions Fayard. Il raconte ses expériences en prison, en précisant : « J’ai vécu des moments extraordinaires, mais aussi des périodes très difficiles, qui m’ont profondément marqué, au point que j’ai décidé de démissionner. »

« Le portable en prison, ça tue ! »

Frédéric Ploquin, qui travaille depuis des années sur le quotidien des policiers et la délinquance, dénonce l’ombre qui plane sur les prisons. « La prison, c’est l’un des trous noirs de la République. Il y a une omerta, on ne sait pas vraiment ce qui s’y passe », commente-t-il. « Au début, c’est souvent une petite chose, comme un parfum ou un après-shampoing, que les surveillants font passer en échange d’un petit billet, sans mesurer l’impact. »

Il poursuit : « Les surveillants ont votre vie entre les mains. La fois suivante, ils vont demander plus, et ça monte. Le téléphone portable, ce n’est pas juste pour appeler sa famille. C’est aussi pour donner des ordres, commander des meurtres. Un téléphone en prison, ça tue ! »

Sébastien Piteau ajoute : « Le problème, c’est qu’un jour, ce n’est plus un téléphone qu’on va faire entrer, mais une arme à feu. Et cette arme peut finir sur ma tête. »

Des menaces de plus en plus fréquentes

L’ancien surveillant explique : « Souvent, ce sont des personnes faibles qui se laissent corrompre. Mais il y a aussi des menaces. J’ai un exemple : un jour, des gros voyous m’ont dit qu’ils allaient venir chez moi. Je leur ai répondu que je m’y préparais, car je suis bien équipé. Et finalement, rien ne s’est passé. »

Les sanctions et mesures disciplinaires

Selon lui, la corruption en prison a toujours existé. Elle aurait augmenté ces dernières années, mais reste marginale. « L’administration pénitentiaire a enregistré entre 2018 et 2024 : 25 agents passés en conseil de discipline pour des faits liés à la corruption, dont 22 révocations et 3 exclusions temporaires. Par ailleurs, l’Agence française anticorruption (AFA) a recensé 29 agents condamnés dans ce cadre entre 2021 et 2023 », rapporte Le Monde en juillet 2025.

La réalité du jour – Frédéric Ploquin : « La prison, c’est le trou noir de la République. Il y a une omerta » – 05/03

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Qui sont les détenus « riches » ?

Selon l’ancien surveillant, ce ne sont pas uniquement les narcos. « Il y a aussi de gros braqueurs, des mafieux. Certains détenus ont beaucoup d’argent et peuvent se permettre de soudoyer des agents. »

Il déplore cependant que l’administration ne soutienne pas assez ses agents dans leur lutte contre la corruption. « Quand un surveillant découvre un téléphone dans une cellule, il doit faire un rapport et suivre une procédure disciplinaire. Mais parfois, il est convoqué par la police et doit expliquer comment il a trouvé ce téléphone. Ces questions montrent que le système ne protège pas toujours ceux qui essaient de faire respecter les règles. »

Une jeunesse de plus en plus acheteuse

Frédéric Ploquin explique : « Les surveillants sont vulnérables, ils peuvent facilement céder. La nouvelle génération de détenus pense que tout s’achète. Ils ont les moyens, et ils savent que les agents peuvent être achetés, comme les policiers ou les douaniers. »

Il ajoute : « Les jeunes détenus ont compris qu’en payant, ils peuvent obtenir ce qu’ils veulent, et cela déséquilibre le rapport de force. »

Frédéric Ploquin résume enfin : « Les surveillants deviennent souvent des ‘paillassons’ pour l’administration. Dans ce contexte, ils ne sont pas protégés face aux détenus, qui peuvent porter plainte ou menacer. La hiérarchie ne les soutient pas, ce qui aggrave la situation. »

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