Amende de 5000 € pour l’organisateur d’une messe en hommage à Pétain

Amende de 5.000 euros requise pour l’organisateur d’une messe en hommage à Pétain

Ce mercredi 4 mars, à Verdun, le tribunal correctionnel a requis une amende de 5.000 euros contre l’organisateur d’une messe en hommage au maréchal Pétain. Il est poursuivi pour « contestation publique de crime contre l’humanité » après avoir affirmé que Pétain avait « sauvé » des juifs.

Le procès s’est déroulé dans un contexte tendu, après qu’une centaine de personnes s’étaient rassemblées le 15 novembre pour s’opposer à cet hommage. Lors de cet événement, l’organisateur avait déclaré que Pétain était « le plus grand serviteur de la France du XXe siècle » et avait affirmé que, durant la Seconde Guerre mondiale, Pétain « a sauvé, devant témoins je peux le dire, au moins 700.000 juifs ». Ces propos avaient été enregistrés par des journalistes présents.

Après les débats, le tribunal a mis sa décision en délibéré, qui sera rendue le 20 mai à 14 heures.

Les déclarations de l’organisateur et la réaction du tribunal

À la barre, Jacques Boncompain, président de l’Association pour défendre la mémoire du Maréchal Pétain (ADMP), a dénoncé ce qu’il qualifie d’« insupportable » de sa convocation. Il a lancé aux juges : « Rendez-moi mon honneur ! »

Le prévenu, âgé de 84 ans et aux cheveux blancs, a également insisté sur le fait que cette convocation porte atteinte à son honneur. Il a expliqué avoir simplement voulu exprimer une vision différente de l’histoire, en contestant l’idée que Pétain aurait été responsable de crimes contre les juifs.

Les enjeux historiques et juridiques

Le 15 novembre, après la messe, l’organisateur avait déclaré dans une vidéo que Pétain avait « sauvé » des juifs, ce qui a été considéré par le parquet comme une remise en cause de la vérité historique et juridique. La procureure de la République, Delphine Moncuit, a souligné que ces propos représentaient une forme de négationnisme et de révisionnisme historique, visant à exonérer le régime de Vichy de sa responsabilité dans la déportation des juifs.

Elle a également rappelé que le prévenu n’avait aucun antécédent judiciaire, mais que son âge avancé, ses problèmes de santé, ainsi qu’une expertise psychiatrique indiquant une « altération de son discernement », justifiaient la demande d’une amende de 5.000 euros.

Les arguments de la défense et la controverse historique

Les défenseurs du prévenu ont justifié ses propos en citant des historiens qui soutiennent une thèse minoritaire selon laquelle Pétain aurait protégé certains juifs français. Cependant, cette vision est largement contestée par la majorité des spécialistes, qui considèrent ces affirmations comme infondées.

Plusieurs avocats, dont ceux de la Ligue des droits de l’homme et de l’Observatoire juif de France, ont dénoncé une négation de la réalité historique. Certains ont aussi évoqué la montée de l’antisémitisme et l’importance de rappeler la vérité sur la Shoah, alors que les derniers survivants s’éteignent peu à peu.

Les enjeux sociaux et politiques

Des avocats ont souligné que cette affaire intervenait dans un contexte où la montée du fascisme et de l’extrémisme en Europe et en France est préoccupante. Maître Emmanuel Ludot a notamment déclaré que le prévenu « surfait » sur cette vague de revisionnisme.

De son côté, l’avocat de la défense, Me Frédéric Pichon, a regretté la convocation, la qualifiant de « traînée en justice » d’un « vieillard leucémique » face à une multitude de parties civiles. Il a insisté sur le fait que personne ne contestait la Shoah ou les crimes de la Seconde Guerre mondiale, et que son client n’avait jamais été lié à l’extrême droite, s’intéressant à Pétain seulement dans ses dernières années.

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