Incendie de Crans-Montana : un informaticien au cœur d’un scandale inattendu

L’enquête sur l’incendie de Crans-Montana se poursuit

Les investigations concernant l’incendie qui a ravagé Crans-Montana avancent. Lors d’une audition en février, un chargé de sécurité de la station de ski a livré des révélations inattendues sur le fonctionnement de l’administration locale.

Au centre de ces nouveaux éléments se trouve un informaticien sexagénaire, dont les problèmes psychiatriques pourraient expliquer certains manquements à la sécurité, notamment au bar le Constellation.

Lors de son interrogatoire, dont le compte-rendu a été consulté par Libération, le chargé de sécurité, Ken J., a indiqué avoir été embauché en 2017, lors de la fusion de quatre communes pour créer Crans-Montana. Il explique avoir repris seul ses fonctions, remplaçant cinq employés issus des anciennes entités, chacun avec ses méthodes différentes.

Un logiciel de gestion et une situation instable

À cette époque, Ken J. utilisait un logiciel appelé « Chargé de sécurité » pour gérer les 300 établissements publics de la commune. Ce système recense notamment les contrôles de sécurité effectués dans chaque bâtiment, avec des détails, des photos et des tâches enregistrés.

Mais en 2022, la situation change radicalement. Le créateur de ce logiciel, un informaticien reconnu dans la région du Valais, commence à faire chanter certains clients. Il menace de divulguer des informations sensibles et se laisse influencer par des théories conspirationnistes. Sur son blog, il affirme posséder des « superpouvoirs » et évoque des soupçons de cannibalisme ou d’affaires impliquant des hommes d’affaires dévorant des bébés.

Cette situation a conduit à dix plaintes et à sa mise en détention provisoire dans un établissement pénitentiaire à Genève, Curabilis. Cependant, ses troubles psychiatriques ont été reconnus, ce qui le rend non pénalement responsable.

Des données administratives détruites avant le drame ?

Par ailleurs, l’administration de Crans-Montana a été fortement affectée. Pour éviter toute fuite d’informations, elle a déconnecté le logiciel « Chargé de sécurité ».

Selon Ken J., l’office cantonal du feu (OCF) aurait confirmé que toutes ces données avaient été détruites. Cette destruction pourrait expliquer pourquoi le bar le Constellation n’avait pas été contrôlé depuis 2020. Toutefois, cette piste reste à confirmer. Deux sources proches de l’enquête précisent à Libération que rien ne prouve encore cette thèse.

Le ministère public de Sion poursuit ses investigations pour établir toutes les responsabilités dans cet incendie, qui a causé 41 morts et 115 blessés. Parmi les personnes poursuivies figurent les propriétaires du Constellation, Jacques et Jessica Moretti, ainsi que trois employés de la commune. Ils sont soupçonnés d’homicide par négligence, de lésions corporelles par négligence et d’incendie par négligence.

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